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Ecloserie Territoriale de Rangiroa

Qu’est ce que l’écloserie ?

C’est la mise en pratique d’une technique d’élevage intensive dont les infrastructures spécialisées sont chargées de mener à bien la croissance depuis l’œuf jusqu’à la taille désirée de l’espèce à exploiter, ceci grâce à un apport défini d’une nourriture produite spécialement à cet effet.

Historique de l’écloserie Territoriale de Rangiroa

Avec l’apparition des mortalités massives des populations de nacres en 1985-1986, la volonté des pouvoirs publics s’accroît et va encourager les efforts de recherche sur l’huître perlière Pinctada margaritifera.

Les premiers essais sur la reproduction ont débuté en 1985 sous l’égide de l’EVAAM, Etablissement pour la Valorisation des Activités Aquacoles et Maritimes.
Située à environ une heure d’avion de Tahiti, l’écloserie de Rangiroa est une antenne du service de la perliculture depuis 2001.

Formidable outil de recherche et développement pour les scientifiques, elle s’inscrit naturellement dans les nombreux programmes de recherches visant à améliorer la rentabilité des exploitations et pérenniser la ressource en huîtres perlières.

Mode de reproduction

Les huîtres perlières ou Pintadines sont des bivalves hermaphrodites protandres : à l’âge de 1 à 2 ans, la majeure partie des individus présentent un stade sexué mâle avant de devenir, pour un certain nombre d’entre elles, femelles vers l’âge de 4-5 ans. Des cas de retour de l’état femelle à l’état mâle, appelés inversions sexuelles, sont observés lors de stress.

Le mode de fécondation de la nacre est externe, c’est-à-dire qu’elle s’effectue en pleine eau. Sous l’influence de facteurs environnementaux (température, vent, photopériode…), les ovocytes (gamètes femelles) et les spermatozoïdes (gamètes mâles) sont libérés par les Pintadines et vont se rencontrer au gré du courant, le développement larvaire s’effectuant dans le lagon.

En écloserie, l’homme obtient la fécondation in-vitro, en provoquant artificiellement l’expulsion des spermatozoïdes et des ovocytes.

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Chez de nombreuses espèces de bivalves, il s’agit le plus souvent de facteurs extérieurs, tels que la température ou la photopériode, qui déclenchent la libération presque simultanée des gamètes pour tous les individus d’une population. Un effet d’entraînement intraspécifique permet certainement de coordonner l’émission des gamètes.

Une huître perlière femelle émet en général entre 10 et 20 millions d’ovules (comptage effectué à l’écloserie, ce nombre peut cependant être plus que doublé) et un mâle plusieurs milliards de spermatozoïdes. Les émissions de la femelle ont un aspect granuleux, celles du mâle ont un aspect de laitance.

Vie larvaire

En raison de la grande variabilité individuelle et des variations dues au milieu (température, salinité et alimentation…), les stades de développement de P. margaritifera ont des durées très variables ; il en est de même pour la taille des individus.
Après fécondation, l’œuf se transforme au bout de huit heures environ en une petite larve ciliée appelée trochophore.

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La larve véligère ou stade D, appelé ainsi en raison de sa forme en D, est atteinte au bout de 18 à 24 heures et est ornée d’une première coquille : la prodissoconque. Elle est munie d’un vélum ou couronne de cils qui lui permet de s’alimenter en algues unicellulaires et de se déplacer.

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La coquille devient ensuite globuleuse vers l’âge de 8 à 10 jours, c’est le stade umbo (J8, 110 µm) où une deuxième coquille larvaire, présentant des stries de croissance, apparaît.

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Métamorphose et développement

La métamorphose correspond au passage de la vie pélagique (en pleine eau) à la vie benthique (sur le fond ou fixé sur un support). Cette épreuve, fondamentale pour l’animal, passe par deux stades successifs.
- Le premier, la fixation, est une phase essentielle pour l’obtention des naissains : les larves de 18 à 21 jours font environ 250 µm et sont rigoureusement surveillées. L’apparition d’une tache noire surnommée « l’œil » indique l’imminence de la métamorphose et de la fixation.

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Dès l’apparition de larves œillées ou d’un pied, les pédivéligères sont transférées sur les plates-formes de fixation.

- Le second stade est marqué par des remaniements physiologiques irréversibles. L’anatomie entière de l’animal se modifie. Le vélum, organe de nage, dégénère pour laisser apparaître quatre ébauches branchiales qui dorénavant assureront la nutrition et la respiration.

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Le manteau se développe aussi pour former dans le prolongement de la prodissoconque une nouvelle coquille nommée dissoconque (coquille adulte).

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Le naissain va ensuite ramper grâce à son pied locomoteur, pour rechercher le meilleur site pour se fixer, faute de quoi, il meurt. Dans le milieu naturel, les naissains se fixent sur les pinacles coralliens (karena) et y poursuivent leur croissance en se nourrissant essentiellement de phytoplancton.

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Seule une faible proportion du jeune naissain atteint l’âge adulte, essentiellement pour les raisons suivantes :
- compétition spatiale (espace de vie, lutte pour la meilleure place) et ou trophique (nourriture) avec d’autres espèces bivalves (bénitiers Tridacna maxima ou pahua, Pinctada maculata ou pipi, Saccostrea cucullata ou kapi kapi, Arca ventricosa ou u’u, Chama sp…) mais aussi le zooplancton ;
- parasitisme par les éponges perforantes (Cliona sp), compétition spatiale avec les organismes fixés sur les coquilles (ascidies ou remu uouo, anémones ou ua’a rori, éponges , bryozoaires, hydrozoaires, autres bivalves tels que pipi et kapi kapi,…) qui peuvent affaiblir, voire tuer les nacres ;
- prédation des juvéniles due aux crabes, aux gastéropodes, aux raies (fai/faimanu), aux pieuvres (fe’e) et aux poissons tels que les balistes (oiri), tetraodon (huehue), becs de canes (oeoe/meko) ou napoléons (mara) ;
- pêche sauvage pratiquée par l’homme.

Cycle larvaire de Pinctada margaritifera

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Cycle larvaire

Production d’algues

En écloserie, les larves et le jeune naissain sont nourris avec un cocktail de micro-algues marines constitué de flagellés (Tetraselmis suecica, Isochrysis (T-ISO) et Pavlova lutherii) et de diatomées (Chaetoceros gracilis var AO et Chaetoceros muelleri).

Photos des différentes espèces d’algues :

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Ces algues unicellulaires sont produites en culture intensive close avec un éclairage artificiel.

Les souches d’algues sont conservées dans des tubes et sont régulièrement repiquées :

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Elles sont ensemencées dans des volumes croissants d’eau de mer avant d’être distribuées dans les bacs larvaires :

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