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Veille sanitaire des huîtres perlières en PF

Suivi sanitaire des agents infectieux présents

1. Introduction

Après une étude de faisabilité en 1999, le service de la perliculture et l’Ifremer ont mis en place le réseau de surveillance pathologique de l’huître perlière Pinctada margaritifera en 2003, avec la collaboration de perliculteurs sentinelles.

Il répondait à une nécessité sanitaire du fait :
- du développement rapide de la perliculture :
. de l’explosion du nombre de concessions (10 en 1980 ; 2 745 en 2000),
. du doublement des densités d’huîtres à l’hectare (entre 1980 et 2000),
. et de la très forte augmentation des transferts entre atolls (0 en 1980 ; 105 en 2000) ;
- des épisodes de mortalité massive qui ont eu lieu :
. en 1985 en Polynésie française sur P. margaritifera,
. en 1997 au Japon sur Pinctada fucata ;
- des enjeux importants que représentait la perliculture en Polynésie française, tant au niveau économique que social.

Sa gestion et son fonctionnement sont, depuis 2008, sous la seule responsabilité du service de la perliculture (aujourd’hui DRMM).

2. Objectifs

Les objectifs de ce réseau étaient de :
- détecter rapidement les agents pathogènes exotiques,
- prévenir leur dissémination et éliminer les foyers.

3. Moyens mis en œuvre

La détection des agents infectieux s’effectue par l’étude histologique des différents tissus de P. margaritifera et de bivalves voisins présents dans la même zone d’élevage (Pinctada maculata ou pipi, Saccostrea cucullata ou kapi kapi, Chama sp., Lithophaga sp., Isognomon sp., Arca avellana, Arca ventricosa et Monia sp.).

a. Missions de prélèvement et échantillonnage

Les échantillons sont prélevés :
- dans six sites (atolls ou îles perlicoles) : Tahaa, Ahe (à la place de Makemo depuis 2006), Fakarava, Takaroa, Arutua (depuis 2007) et Rikitea,
- chez 2 perliculteurs par île, sauf à Tahaa où seul un point de prélèvement est défini,
- à raison de 30 huîtres perlières d’élevage et 5 autres bivalves par point de prélèvement,
- et 2 fois par an.

Après envoi du matériel et des produits par bateau, les prélèvements sont effectués sur le terrain, par les agents du service de la perliculture (DRMM) :

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Chez P. margaritifera, les tissus prélevés sont le manteau, les branchies, la poche perlière, la masse viscérale, le muscle adducteur et le rectum.
Ils sont fixés 48h dans un liquide fixateur, le Davidson, avant d’être rincés et immergés dans de l’alcool :

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Comme les autres bivalves sont de petite taille, ils sont fixés entiers avant le traitement en laboratoire.

b. Préparation des échantillons au laboratoire

Les échantillons fixés sont ramenés à Tahiti par bateau :

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Puis, ils sont traités en laboratoire en vue de leur inclusion dans la paraffine :
- les différents tissus prélevés sont redécoupés avant d’être mis en cassettes :

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- placées dans un panier, les cassettes sont déposées dans l’automate à imprégnation : les tissus sont alors déshydratés, avant d’être imprégnés dans de la paraffine liquide :

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- les tissus sont inclus dans de la paraffine liquide :

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- les blocs histologiques sont coupés au microtome :

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- les coupes de 3 µm d’épaisseur sont colorées à l’hématoxyline-éosine dans un automate à coloration, avant d’être observés en microscopie photonique :

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Les différentes étapes de prélèvement et de traitement des échantillons sont résumés dans un schéma.

c. Observation des lames

L’observation des lames des différents tissus prélevés est effectuée au microscope pour rechercher la présence d’éventuels agents infectieux ou parasites.

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4. Résultats et statistiques

De 2003 à 2008, le nombre d’animaux analysés est de 3 376 nacres d’élevage, 720 autres mollusques, ainsi que 214 huîtres perlières provenant de populations sauvages, soit 4 310 analyses effectuées.

Trois agents infectieux, non pathogènes, sont régulièrement identifiés :

- des sporozoaires de type grégarine : ces parasites se présentent sous la forme de cellules allongées. Présents chez l’huître perlière et chez toutes les autres espèces de bivalves prélevés, ils sont localisés dans les cellules épithéliales de la portion ascendante de l’intestin et du rectum, mais sont également observés dans le tissu conjonctif des palpes labiaux, de la masse digestive, de la gonade, dans les tissus branchiaux ou rénaux, ou dans l’épithélium des tubules digestifs ;

- des parasites de type rickettsien : ils sont présents sous la forme d’une enveloppe contenant des micro-colonies bactériennes. Chez la nacre, le pipi, le kapi kapi et Monia sp., ils sont essentiellement observés dans l’épithélium des conduits et tubules digestifs. Chez Chama sp., ils sont surtout localisés au niveau des filaments des branchies ;

- des zones d’enkystement de métazoaires : elles correspondent à une réaction de défense de l’hôte qui se traduit par une infiltration plus ou moins importante des tissus parasités par des cellules sanguines, puis par un enkystement du métazoaire. Ces métazoaires sont majoritairement des cestodes (vers) du genre Tylocephalum sp. Ces zones d’enkystement sont généralement localisées dans le tissu conjonctif de la masse viscérale, mais sont aussi observées dans les tissus branchiaux et nerveux, la poche perlière, la gonade ou à la base du pied. Elles sont observées chez la nacre, le pipi, le kapi kapi et chez Chama sp.

Un quatrième parasite a été observé au niveau de la gonade, chez 2 kapi kapi. Il s’agit de larves de vers trématodes coupées transversalement et contenues dans des rédies (sortes de gangues).

Inventaire des parasites par espèce de Bivalve :
- chez l’huître perlière Pinctada margaritifera,
- chez Pinctada maculata,
- chez Saccostrea cucullata,
- chez Chama sp.,
- chez Lithophaga sp.,
- chez Isognomon sp.,
- chez Arca avellana,
- chez Arca ventricosa
- et chez Monia sp.

Ces agents infectieux sont diagnostiqués dans tous les sites suivis, à des taux relativement stables, tant dans l’espace que dans le temps. Les grégarines sont présentes chez 60 % à 90 % des huîtres. Les organismes de type Rickettsien et les enkystements parasitaires fluctuent entre 5 % et 15 %.

Depuis la mise en place de cette surveillance active en 2003, aucun agent pathogène à déclaration obligatoire de la liste de l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (O.I.E.) n’a été diagnostiqué, confirmant le bon état sanitaire des mollusques bivalves analysés en Polynésie française.