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Point sur la ciguatéra en Polynésie française en 2016

Extrait Conseil des ministres du 03.05.2017

Point sur la ciguatéra en Polynésie française en 2016

Le Conseil des ministres a pris acte d’une communication présentée par la ministre en charge de recherche, dressant le bilan des intoxications ciguatéra, publié chaque année par l’Institut Louis Malardé (ILM), sur la base des données communiquées, pour l’essentiel, par les structures de santé publiques périphériques et les hôpitaux de Polynésie française ainsi que les praticiens du privé.

Il ressort de ce bilan que :
• Le nombre de cas déclarés a progressé. Il s’élève à 478 en 2016, contre 376 en 2015. Il est à noter que ces chiffres, qui correspondent aux cas officiellement déclarés, sont vraisemblablement très en dessous de la réalité, compte tenu du fort taux de sous-déclaration qui est observé sur l’ensemble des 5 archipels. Cette augmentation peut s’expliquer, soit par une hausse avérée du nombre d’intoxications, soit par une meilleure adhésion des structures déclarantes au réseau de surveillance ;

• La ciguatéra affecte l’ensemble de la Polynésie française sans distinction d’archipel.

• Les poissons les plus souvent impliqués dans les événements toxiques déclarés appartiennent aux familles des Lethrinidae (Perche, Bec de cane), Serranidae (Loche, Mérou), Carangidae (Carangue), Labridae (Napoléon) et Scaridae (Perroquet). Toutefois, les espèces en cause peuvent varier d’un archipel, voire d’une île, à l’autre ;
• La liste des espèces signalées dans les fiches de déclaration est largement influencée par les préférences alimentaires des populations. Ainsi, certains organismes marins tels que les murènes figurent rarement dans les fiches de déclaration en raison de la stratégie d’évitement adoptée par les populations, car elles sont bien connues pour leur haut risque ciguatoxique.

• En 2016, plus d’une personne intoxiquée sur deux présentait un ou plusieurs antécédent(s) de ciguatéra (jusqu’à plus de 10 épisodes toxiques antérieurs pour certains). Cette observation souligne une exposition chronique d’une partie de la population aux toxines de la ciguatéra, pour laquelle nous ne disposons pas de connaissances quant aux conséquences sanitaires à long terme.

La stratégie adoptée par l’ILM privilégie une approche intégrée consistant à aborder simultanément le problème sous divers angles : épidémiologique (surveillance,…) ; environnemental (étude des facteurs favorisant l’introduction et le développement de la ciguatéra,…) ; biologique (caractérisation des organismes toxino-producteurs, études des efflorescences algales…) ; toxicologique (étude des toxines, phénomène de bioaccumulation et biotransformation, veille technologique, tests de détection, monitoring passif,…) ; biomédical (compréhension des formes cliniques, facteurs de prédisposition aux formes graves/chroniques, mise au point d’outil de diagnostic, pistes thérapeutiques,….).

Le laboratoire des micro-algues toxiques (LMT) mène actuellement 4 programmes majeurs en partenariat avec 17 organismes collaborateurs dont 5 locaux, 5 nationaux et 7 internationaux.

• Caristo-Polynésie française (financement Contrat de projets)

L’objectif est de parvenir à une meilleure maîtrise des risques sanitaires liés à l’exploitation des ressources lagonaires. Ce programme cible les 3 composantes-clés de la chaîne de la ciguatéra :

1/ le rôle joué par la diversité génétique et chimique de la micro-algue Gambierdiscus et des cyanobactéries comme facteur de risque ;

2/ les processus de biotransformation subis par les toxines de la micro-algue au niveau des poissons ;

3/ La gestion du risque ciguatérique au sein des populations les plus vulnérables en améliorant le diagnostic (mise au point d’outil de détection à partir du sang des patients,…) et en renforçant le réseau de surveillance.

• Fluotrack-Ciguatera (financement Contrat de projets)
L’objectif est de faire évoluer le test de détection actuel vers un outil permettant, un criblage à haut débit, exempt de radioactivité, et de moindre coût. Cette technologie permettra de maintenir opérationnel le réseau de surveillance et de baisser le coût et le temps requis pour ces analyses.

• Ciguawatch (financement Fonds Pacifique)
L’objectif est de mettre en place un réseau de surveillance à l’échelle régionale, inspiré du modèle polynésien et privilégiant une démarche participative. Trois territoires sont associés : la Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna et les îles Cook, qui ne sont dotés d’aucun programme de surveillance permettant le suivi de l’incidence des cas d’intoxications, des zones de pêche et espèce marines à risque. La mise en place d’un réseau commun permettra de constituer une base de données épidémiologiques inédite, utile pour comparer l’évolution des situations sanitaires entre les territoires partenaires.

• Ciguaprod (financement Contrat de projets)
L’extension récente de la ciguatéra à des zones jusqu’alors épargnées a motivé la mise en place de programmes de surveillance à l’échelle du globe. Cette initiative se heurte à la faible disponibilité en standards de référence de ciguatoxines nécessaires à la plupart des tests de détection. Le laboratoire des micro-algues toxiques possède un savoir-faire inédit en matière de cultures in vitro de la micro-algue Gambierdiscus et de techniques d’isolement et purification des ciguatoxines. Le laboratoire dispose également d’une souchothèque unique au monde, riche de plusieurs clones hautement toxiques de Gambierdiscus. La construction prochaine d’un centre de production de micro-algues et de ciguatoxines permettra de valoriser cet atout.
En marge de ces activités de recherche, le laboratoire conduit des actions d’information et de sensibilisation (ex. : réalisation en cours d’un kit d’information à destination des professionnels de santé et des patients), ainsi que des formations à visée de développement ou transfert de compétences menées dans le cadre de coopérations techniques avec les pays de la zone Asie-Pacifique. Un atelier régional a été organisé, en ce sens, à l’ILM en mars 2015 pour 12 pays de la zone Asie-Pacifique.