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L’aquaculture de la crevette

Un contexte désormais très favorable

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Crevettes locales : fraîches et sans conservateur

En Polynésie française, les recherches sur l’aquaculture des crevettes pénéides ont débuté dans les années 70, au Centre Océanologique du Pacifique (COP) à Vairao, avec l’introduction de plus d’une dizaine d’espèces originaires d’Amérique du Sud et d’Asie, dont au moins 4 ont été maîtrisées (Penaeus monodon, Fenneropenaeus indicus, Litopenaeus vannamei, Litopenaeus stylirostris). En 2003, seule l’espèce L. stylirostris est retenue par les fermiers, pour ses performances adaptées au contexte local.

Malgré les efforts et les succès de la recherche, le secteur ne s’est pas développé comme on pouvait l’espérer. Mis à part la Nouvelle-Calédonie (nombreux espaces disponibles), c’est également le cas dans les autres îles du Pacifique. Depuis une dizaine d’années, l’aquaculture polynésienne de la crevette stagne alors que durant la même période, l’aquaculture mondiale de la crevette progresse en moyenne de 12% par an en quantité, et de 6% en valeur.
Pourtant la Polynésie française possède des atouts certains :

  • Une espèce domestiquée, adaptée aux conditions locales et saine et protégée de l’importation de maladies des crustacés à déclaration internationale obligatoire.
  • Une technologie maîtrisée.
  • Un produit frais de qualité unique.
  • Une diversification des techniques d’élevage en cours d’élaboration, avec l’élevage de crevettes en cages en milieu marin (performante et à moindre coût).

Résumé historique

La maîtrise de la technologie

1972-1978 : Programme Crevette CNEXO.

Mise au point expérimentale, maîtrise des techniques d’élevage sur une dizaine d’espèces originaires d’Amérique Centrale et d’Asie.

1979-1985 : Programme Crevette CNEXO-Territoire.

  • Phase d’optimisation et de démonstration (ferme pilote d’OPUNOHU à Moorea, de 2 hectares) sur les espèces P. monodon, L. vannamei et L. stylirostris.
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Ferme aquacole
  • Transfert de compétences à l’huilerie de Tahiti pour la fabrication d’aliments.
  • Une première espèce sélectionnée en vue d’une production : L. vannamei.

Démarrage de la filière

1986-1993 : Programme Crevette IFREMER-Territoire.

  • Création de 2 nouvelles fermes, SOPOMER (Tautira) et TAIARAPU Aquaculture (Teahupoo) de 1 hectare chacune.
  • La ferme AQUAPAC de 10 hectares, d’abord spécialisée dans la chevrette, se diversifie vers la crevette.
  • Ouverture de l’Écloserie Polyvalente Territoriale de l’EVAAM à Taravao (EPT- EVAAM) en 1990, qui produit des post-larves de L. vannamei aux 4 fermes et des post-larves de chevrettes aux 3 fermes locales.
  • A la demande des fermiers, en 1993 l’EPT commence et réussit pour la première fois à produire toute l’année des post-larves de L. stylirostris.
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Litopenaeus stylirostris, une espèce domestiquée pour la première fois à Tahiti

Stagnation de la filière

1994-2006 : Stagnation du secteur d’activité (production maximum de 60t/an).

  • 1994 : L. stylirostris est l’espèce retenue comme la plus adaptée pour le développement de la filière crevetticulture en Polynésie française.
  • 2001 : Affermage de l’EPT, confiée à AQUAPAC par la Polynésie française.
  • 2003 : Création d’une nouvelle ferme à Bora Bora (BORA BORA Aquaculture). Des essais avec le SPE-IFREMER sont réalisés sur la faisabilité d’élevage de crevettes en cages.
  • 2004 : Arrêt de la production de chevrettes en raison de problèmes de rendement (bien plus faibles que ceux de la crevette).
  • 2003-2010 : Collaboration SPE-IFREMER pour un soutien à la filière.
  • Collaboration SPE-IFREMER pour un soutien à la filière :
  1. Maintien de la variabilité génétique des souches
  2. Assistance technique à la filière
  3. Essais sur les crevettes en cages

Vers un démarrage de la filière

  • 2010 : Développement d’une stratégie et de nouvelles mesures
  • Reprise de l’EPT et mise en prestation à la CAPF
  • Discussions avec les professionnels et autres parties prenantes
  • Mesures réglementaires (agrément aquaculteurs), économiques (prix des post-larves) et sanitaires (protection vis-à-vis des risques liés aux importations)
  • Poursuite de la construction et de la mise en place des écloseries de VAIA
  • Poursuite et renforcement de l’assistance zootechnique et zoo-sanitaire

Situation actuelle

La filière crevette est en situation délicate avec une production moyenne de 50 tonnes/an, reposant sur trois producteurs dont un est également gestionnaire de l’EPT. La production est passée de 60,3 tonnes en 2004, à 40 tonnes en 2009.

Les nouvelles mesures

  • Le prix des post-larves a été abaissé de façon à promouvoir l’investissement dans le secteur (Arrêté N°1301CM du 28 septembre 1998).
  • La souche polynésienne de crevettes ainsi que les crustacés du milieu naturel ont été protégés d’un point de vue sanitaire (Arrêté N°0317CM du 12 mars 2010) vis-à-vis des risques d’importations de maladies notamment virales, comme le préconise l’Organisme Mondial de la Santé Animale.
  • La production de post-larves dont la responsabilité a été reprise par le Pays (SPE) a été confiée depuis février 2010 sous prestation à la Coopérative des Aquaculteurs de Polynésie française (CAPF) avec succès.

Les fermes aquacoles

  • 3 fermes sont toujours en activité et réparties sur une surface totale de près de 9 ha.
  • Une production de 50 tonnes/an.
  • Un potentiel actuel pour les 3 fermes après rénovation, estimé à plus de 70 tonnes/an, et à près de 120 tonnes/an après rénovation.
  • Une écloserie territoriale (EPT) vétuste, en phase de transfert vers la nouvelle écloserie qui sera localisée sur le site du Centre Technique Aquacole à Vairao. Fin des travaux prévue pour début 2010.

Le marché

  • Un marché local est de 600 tonnes/an :

- Production locale : 50 tonnes de produit frais sans conservateur, sans OGM, sans farines animales terrestres.

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Crevettes locales

- Importation : 500 tonnes de produit congelé nécessitant des conservateurs.

  • Un potentiel de production locale pour satisfaire le marché local de la crevette de qualité (fraîche, gros calibre et sans conservateur) estimé à :

- 150 à 250 tonnes/an, pour 30 à 40 emplois directs.

L’aspect zootechnique

  • L. stylirostrisl’espèce sélectionnée, est domestiquée (20 ans de travaux) et performante, c’est-à-dire qu’elle est habituée aux conditions d’élevage en Polynésie française.
  • La souche polynésienne de L. stylirostris est résistante au seul virus qui était présent en Polynésie française (IHHN) avant 2008.
  • Depuis 2008, il a été démontré et consolidé en 2010 que les élevages et le milieu naturel des zones d’élevage de crevettes polynésiennes est sain : il n’y existe aucun pathogène de crustacés à déclaration internationale obligatoire à l’Organisme Mondial de la Santé Animale ou OIE (Office International des Épizooties).
  • Les techniques d’élevage en bassins et de reproduction sont totalement maîtrisées.
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Prélèvement du spermatophore avant insémination du sperme sur l’orifice génital femelle
  • Une collaboration technique et scientifique SPE-IFREMER est en place pour :

- Une assistance technique à l’écloserie de production (actuellement l’EPT de Afaahiti-Taravao) et aux fermes.

- La préservation de la variabilité génétique de 2 souches « saines » de L. stylirostris présentes en Polynésie française.

  • De nouvelles expérimentations SPE-IFREMER sont en cours depuis 2006 à Vairao, sur l’élevage de crevettes en cages en milieu lagonaire suite aux résultats prometteurs enregistrés en 2004 : expérimentation sur les structures d’élevage, les stratégies d’alimentation, la maîtrise de la prédation par les poissons, etc...

Perspectives de développement

Objectifs

L’aquaculture de crevettes existe en Polynésie française depuis la fin des années 80. Malgré un savoir-faire local reconnu au niveau international, la crevetticulture polynésienne ne s’est jamais développée car les conditions de son développement n’ont jamais été mis en œuvre.

Il est donc nécessaire de revoir les conditions et objectifs de développement de cette filière qui a un très fort potentiel. Les objectifs actuellement affichés par l’ensemble des parties prenantes sont les suivants :

  • Une filière crevetticole développée et rentable, capable de satisfaire le marché local de la crevette de qualité, en combinant :

- Le développement et l’optimisation des fermes existantes.

- Le développement de nouvelles fermes rentables (superficie d’au moins 8 à 10ha d’élevage)

- La maîtrise pour le développement de la production de crevettes en cage en milieu lagonaire, avec des fermes de plus faible dimension dans les îles. Cette technique d’élevage adaptée aux conditions environnementales polynésiennes, pourrait ouvrir des perspectives de développement intéressantes pour un territoire marin aussi étendu.

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Pêche de crevettes

Actions projetées à court terme

Pour développer enfin une filière durable d’aquaculture de crevettes, plusieurs actions doivent être menées à court terme :

  • La réalisation et mise en production (transfert depuis l’écloserie actuelle EPT de Taravao) des écloseries VAIA du futur Centre Technique Aquacole du Pays, localisé sur le site de l’IFREMER à Vairao, dont la fin des travaux est prévue pour mi 2011. Ce centre regroupera les écloseries de production de crevettes et de poissons du Pays.
  • La mise en route d’un plan zoo-sanitaire sur la filière de façon à poursuivre de façon durable la protection de la souche locale de crevettes domestiquée et saine des maladies à déclaration obligatoire au niveau international.
  • L’étude du marché et la promotion ciblée en découlant.
  • La mise en place d’un agrément reconnaissant les personnes morales ou physiques effectuant des activités d’aquaculture et octroyant des droits et des devoirs (informations statistiques) aux aquaculteurs.
  • La recherche de foncier pour le développement de nouvelles fermes.
  • Amélioration des techniques de récolte-abattage-conditionnement, voire transformation du ou des produits Crevettes (DLC, DLUO) à la vente (2010-2011).
  • La poursuite et le développement d’une assistance zootechnique et zoo-sanitaire SPE-COP, élargie au secteur.
  • La poursuite des tests de faisabilité technique et économique, sur l’élevage de crevettes en cages. Si les résultats sont déjà prometteurs, la faisabilité du transfert technologique au secteur privé devrait être évaluée avec si possible un essai pilote en fin 2010, avec la réalisation d’un premier protocole à valider en phase pilote.